Les étudiants d'e-artsup Lyon ont métamorphosé avec leurs œuvres le campus IONIS de la ville.
Le campus IONIS de Lyon abrite désormais, intégrées à son architecture, quelques œuvres d'art en trompe l'œil réalisées par les étudiants de 1re année d'e-artsup Lyon, fraîchement installés dans ses locaux. Sous la direction de Thomas Collet, professeur de perspective et Charlie Pichon, professeur de volume et packaging, ils ont réalisé la première semaine de mai une série d'anamorphoses au sein de la cafeteria de l'école, qui étonnent déjà et continueront d'étonner le visiteur.
Recherche symbolique
Qu'est-ce qu'une anamorphose ? C'est une sorte de tour de magie artistique qui consiste à peindre d'une façon déformée et calculée une image qui se reconstituera, considérée d'un point de vue préétabli, et donnera à la peinture murale une impression de relief et donc de réalité spatiale. « Plusieurs artistes se sont essayés à cet art ou même s'y sont spécialisés, explique Thomas Collet. Parmi eux, Hans Holbein, un peintre du début du XVIe siècle, utilisait déjà cette technique, dérivée de l'invention de la perspective. Ainsi, son tableau intitulé « Les Ambassadeurs » contient près de la base de la toile l'anamorphose d'un crâne, qui est en fait une vanité. On ne peut voir le crâne - qui sinon apparaît comme un "os de seiche" qu'en regardant le tableau avec une vue rasante. Le contraste entre le sujet visible du tableau - deux ambassadeurs, représentation des apparences sociales de la puissance, et son sujet caché - un crâne, objet symbolisant la mortalité de l'homme, révèle le sens profond du tableau, à savoir la vanité de l'existence humaine. Cette œuvre montre tout le potentiel symbolique de l'anamorphose, qui, fondue dans le décor, permet d'en représenter le sens de manière cryptée. »

"Les Ambassadeurs", par Hans Holbein
La réflexion préalable des étudiants d'e-artsup a donc consisté en une interrogation sur le sens, qui les a orientés dans le choix du sujet de la représentation. De quel sens secret imprégner les locaux de la cafeteria du campus ? Certains ont choisi le rêve, la liberté et la gourmandise, en représentant, sous la forme d'un slogan imitant le style typographique de kit kat (assez découpé, rouge avec des reflets blancs), l'injonction « Have a dream ». D'autres ont choisi de représenter le thème de l'instabilité et du mouvement sous la forme de la chute d'un jeu de dominos. D'autres encore ont décidé d'associer les nouvelles technologies, le jeu et la gourmandise dans une représentation pixelisée d'un pack man à la poursuite de fruits. D'autres enfin ont privilégié le thème de l'espace, de la simplicité et du confort en incrustant dans un angle un pavé aux formes agréables.

Auteurs: Fanny Habigand, Rabir Benaouda, Léo Viossat, Nathan Lucas
Création de l'illusion
Street, pop, pixel art... les étudiants sont allés puiser leur inspiration aux sources diverses dans lesquelles baignent les artistes actuels, dont certains se sont spécialisés dans la représentation d'anamorphoses. A l'image de l'artiste Georges Rousse, dont les œuvres, qui jouent sur l'opposition entre le réel et le virtuel, font apparaître subitement des formes géométriques de couleur au milieu de la grisaille terne de décors urbains ou de la banalité des décors d'intérieurs. Le promeneur est frappé d'une surprise esthétique au moment où il passe au niveau du point de vue précis où l'anamorphose se révèle. Une baleine plongeant sous la banquise, un homard prêt à fondre sur sa victime, un radeau emporté par le courant d'une cascade... Artiste appartenant à la tendance street art, Julian Beever, emporté par son imagination délirante, fait surgir du sol au milieu de la ville les scènes les plus improbables. Le passant est invité à y participer et à jouer son rôle dans l'illusion de ce nouvel espace, devenant un instant tantôt le pêcheur à l'affût d'une proie miraculeuse, tantôt la victime d'un crustacé géant, tantôt l'aventurier emporté par la soif du risque. Plus éclectique, Eduardo Relero quant à lui, dans un style BD, fait ressurgir le passé devant des passants médusés, en dessinant à la craie sur le sol et sur des mur des illusions de scènes pittoresques d'une autre époque.

Sources: Julian Beever au travail, par David Shankbone
Avant de s'atteler à la tâche, les étudiants sont revenus sur les traces de ces maîtres. Le pavé qu'ils ont peint donne ainsi l'illusion d'une forme géométrique en 3 dimensions réelle. Le choix de situer la peinture dans un angle, et la participation éventuelle d'une personne assise sur le rebord de la fenêtre qui surplombe l'œuvre renforce l'illusion créée sur le spectateur situé au point d'anamorphose. Le jeu de domino s'appuie sur un élément déjà présent dans l'architecture de la pièce, une porte rectangulaire sur laquelle apparaissent deux fenêtres rondes et opaques.


Auteurs : Luca Joly, Nicolas Pagan, Yann Favre, Axel Faury
De la méthode
Comment donc ont procédé les étudiants pour enchanter leur lieu de travail et ses habitants ? Ils ont d'abord fait une présentation orale de leurs projets devant un jury composée de Valérie Dimitrovic, directrice de L'ISEG Group campus Lyon, leurs deux professeurs Charlie Pichon et Thomas Colley et l'équipe e-artsup Lyon. Les différentes propositions ont toute été accueillies avec enthousiasme.
Julia Quartini, qui fait partie du groupe qui a réalisé la chute de dominos, explique la méthode utilisée pour la réalisation des anamorphoses : « Il a fallu d'abord prendre en compte les éléments architecturaux du décor, et donc prendre les mesures précises de la cafeteria, réaliser une maquette à l'échelle 1/20e et un croquis en perspective, puis projeter sur la maquette le dessin tracé. Nous avons ensuite projeté dans la cafeteria, à l'aide d'un vidéoprojecteur, la forme que l'on voulait obtenir. Enfin il a fallu se mettre à la peinture : sous-couches blanches pour bien mettre en valeur les couleurs, tracé des contours au Posca, pour conserver un style graphique et manuel, ajout des couleurs vives et bien visibles. »


Auteurs: Ludivine Vincent, Julia Quartini, Pauline Vanel
Le choix du point d'anamorphose (lieu duquel celle-ci est révélée) a été motivé de diverses manières selon les équipes de travail: si le groupe de Julia a fait le choix ambitieux du challenge technique en prenant un point de vue l'obligeant à travailler sur un espace fortement découpé, d'autres, comme le groupe de Charles Bail, ont choisi un coin peu fréquenté de la cafeteria, non seulement pour le mettre en valeur, pour rendre l'illusion plus secrète, mais également parce qu'il permettait de ne pas interférer avec les autres anamorphoses et qu'il permettait une projection plus aisée, sur une surface moins composite.


Auteurs:Charles Bail, Florent Chau, Boris Moncel, Maxime Champigneulle
Pourquoi des anamorphoses ?
Pourquoi cette résurgence des anamorphoses, qui peu à peu se répandent dans nos villes? Peut-être est-ce un signe supplémentaire de l'envahissement du réel par le virtuel, mais aussi plus profondément une preuve de plus que le réel ne suffit pas. Les anamorphoses sont l'une des multiples formes de l'échappement au réel qui parsèment et colorent notre quotidien et sont susceptibles de créer une surprise capable de nous abstraire de sa banalité. En gonflant la réalité de sens, elles sont également rassurantes parce qu'elles contribuent à mettre de l'esprit dans les choses, que ce soit en introduisant de l'humour dans un paysage terne, en faisant échos au décors et en créant alors une forme d'échappement symbolique, ou encore en nous faisant voyager à travers le temps lorsqu'elles amènent à se croiser notre temporalité et celle d'autres époques disparues.
Copyright: e-artsup