Ne parlez pas à Pauline Colin, 22 ans, cinquième année de formation à l’ESME (réseaux de télécommunications) de grandes vacances, elle ne les connaît pas. Président de l’association humanitaires IDEES centrée sur Madagascar, elle part régulièrement de six à huit semaines, chaque été, avec d’autres étudiants, sur place, pour étendre les projets mis en oeuvre les années précédentes.
IDEES existe depuis 1994 : fournissant au départ uniquement des fournitures scolaires ou des vêtements, l’association a rapidement élargi son action à l’électricité, raccordant tout le village, bâtiment après bâtiment, tout en construisant des salles de classe ou un grenier à riz. En 2000 , constatant un taux élevé de mortalité infantile et de maladies infectieuses, décision est prise d’apporter l’eau potable, en construisant des réseaux pour les communes alentour.
Rapidement les compétences développées en partenariat avec Véolia eau, avec une association locale (Fikrifarma) permettent de lancer le projet. Enjeu sanitaire réel, ce besoin humain vital nécessite une logistique et des matériaux que les étudiants maîtrisent. Il ne manque qu’une bonne dose de volonté, un budget bouclé et...un billet d’avion, direction l’Océan Indien.
Le petit village d’Alakamisky-Ambohimaha se situe à 400 kilomètres au sud de la capitale : pris en charge dès leur arrivée, à l’aéroport, par un chauffeur-guide-interprète, les étudiants entament alors un périple d’une dizaine d’heures sur la célèbre RN7 qui parcourt l’île.

A leur arrivée ils sont accueillis par la congrégation des Soeurs du Christ, qui mettent à leur disposition un large dortoir et une pièce pour faire chauffer un peu d’eau, pour la toilette. Le confort est sommaire mais fait partie de l’aventure : l’accueil des Malgaches est si chaleureux, dès les premiers pas sur l’île, que les étudiants ne font pas vraiment attention à leurs conditions de vies rudimentaires...de travailleurs !
En effet, chaque matin, dès 7h30 heures (le soleil se lève tôt pour se coucher vers 18 heures) le petit groupe rejoint le chantier à pieds et commence à creuser des tranchées. Voilà le but technique du voyage enfin dévoilé : creuser des tranchées afin d’établir un réseau d’eau potable gravitaire. Une contrainte : la source se doit d’être en hauteur car l’acheminement de l’eau ne peut se faire qu’en descente. Les villageois ont déjà déterminé à quel endroit les travaux devaient commencer, quelques semaines plus tôt : l’équipe d’étudiants commence sa réflexion.
La tâche est ardue car il faut que les débits, les distances entre source et village, le nombre de consommateurs à l’arrivée soient des données du problème résolues par l’installation. Il ne servirait à rien de débuter les travaux de construction d’un réseau qui n’apporterait pas assez d’eau à un village. Cette eau, est-elle potable, au moins ? Le groupe utilise des tests Pasteur pour s’assurer de son innocuité.

Régulièrement, sur le réseau, sont ajoutés des bornes fontaines (des extensions, qui peuvent être aussi des douches et des lavoirs) permettant de connecter d’autres points plus éloignés, non prévus à l’origine. Ces bornes fontaines devront régulièrement être entretenues, inspectées : la tâche de l’association est de veiller à la formation des locaux sur ce point.
Surveillance des filtres, des filets en nylon (qui retiennent les impuretés), mesure du chlore sont des connaissances nécessaires que les villageois devront acquérir. Cette éducation va au-delà du simple fonctionnement d’un réseau : on évoque le problème des arbres abattus de façon intensive (les racines des arbres retiennent l’eau au niveau des sources), les notions d’hygiène élémentaires (brosse à dents, lavage des mains, douche) avant de revenir sur place, d’ici deux ou trois ans, pour vérifier que le savoir acquis ne s’est pas délité.

Si l’association, désormais, maîtrise bien ces deux mois de travail et d’échange, le président tient à préciser que les 30 000 euros recueillis en 2008 ne tombent pas du ciel : “La Fnac et Véolia nous ont aidé pour les 2/3 du budget mais toute bonne volonté est la bienvenue… A commencer par l’école qui considère que ces six à huit semaines sont un terrain de stage pour nous, c’est un coup de pouce inestimable pour un étudiant. Finalement, celui qui veut nous rejoindre n’aura que son billet d’avion à ses frais. En bonus, lors de la dernière semaine, nous partons découvrir le pays. Tout le reste, le matériel, le logement, la nourriture, nous gérons. J’ai des images de sourire dans la tête depuis mon retour : aider autrui en utilisant le savoir-faire acquis ici, c’est vraiment une chance pour eux comme pour nous.”