Analyser les regards des passants, dans le métro ou ailleurs...
Rencontre avec Maxime, Pierre et Louis, étudiants de quatrième année à l'ESME-Sudria. Leur projet de fin d'année n'est pas aussi polémique que sa source d'inspiration mais tout aussi complexe...

« Nous avons lancé notre projet « l’analyseur de regard », après avoir lu dans un quotidien un article parlant des nouvelles technologies développées dans le métro, et en particulier des supports publicitaires de nouvelle génération. Un de ces panneaux est déjà installé à la station « Charles de Gaulle – Etoile » et fait l’objet d’une réelle polémique. L’article raconte
comment ce panneau analyse les réactions des gens et plus particulièrement leur regard : une caméra invisible, cachée dans la façade, fixe les yeux et les suit pour savoir dans quelle zone le regard est attiré. » Il est amusant de constater que les interprétations du projet sont fort variées : on peut y trouver une affiche interactive qui change son contenu selon que l’on pose ses yeux ou pas… ou un espion insidieux qui note nos coups d’œil discrets
vers les photos d’un mannequin en sous vêtements. Chacun son interprétation !
Déterminer la direction du regard sur des images fixes.
« Nous avons eu envie d’explorer cette technologie, à notre niveau, dans le cadre de notre projet de quatrième année ; nous avons donc soumis le sujet de projet au responsable du département Signal et Télécommunications, qui l’a validé et nous a mis en relation avec l’enseignante qui va encadrer notre projet pendant ces six mois. Il fallait démarrer par la base : une caméra, un logiciel de traitement d’images (MatLab) et beaucoup de documentation sur le traitement d’images, un peu par anticipation car nous n’avons pas encore vu cette matière en cours. Le but que nous nous sommes fixé en accord avec notre professeur était d’arriver in fine à déterminer la direction du regard sur des images fixes. »
Un algorithme adapté à chaque visage ?
« Nous avons été rapidement confrontés à une multitude d’écueils… La prise en main du logiciel de programmation nous a bien occupés : nous savions comment l’utiliser pour des applications simples, mais nous n’avions aucune idée des possibilités offertes pour traiter des images ! Nous nous sommes vite rendu compte que la détection du regard proprement dite n’est que l’étape ultime du traitement, et qu’il faut d’abord arriver à détecter le contour du visage, puis la zone des yeux, avant de pouvoir s’intéresser au regard… Dans un premier temps, nous sommes en train de développer un algorithme adapté au cas particulier d’une personne immobile, de face, qui regarde une image. Nous avons ainsi vérifié que la distance entre la caméra et les yeux influe sur les résultats, de même que la luminosité ou les
conditions d’éclairage. Nous nous sommes vite rendu compte également que le strabisme, le port de lunettes, la barbe ou la couleur de la peau faussait les résultats… et nous n’avons même pas encore inclus les personnes en mouvement ou celles de profil !
Aider une personne tétraplégique ou un conducteur qui s'endort.
C’est un projet complexe mais passionnant, qui nous éclaire aussi sur le métier d’ingénieur de développement. Lors de nos recherches documentaires, nous avons découvert que cette
application pouvait être récupérée par le monde médical car les yeux sont rarement altérés chez les personnes lourdement handicapées, c’est la partie du corps qui fonctionne le mieux, d’après les études. Un tétraplégique peut cliquer avec les yeux sur un clavier virtuel et naviguer sur internet.
Autre application intéressante, le dépistage de l’autisme chez le très jeune enfant. Lorsque celui-ci est placé devant une image animée, une caméra filme ses yeux et analyse son regard : un autiste peut-être dépisté précocement car il lui est difficile de fixer longuement les images, son regard décroche. Dernière application utilisée pour la sécurité routière : une
caméra placée dans le pare-brise fixe le regard du conducteur et l’avertit bruyamment lorsque celui-ci s’endort (concrètement, si ses paupières s’abaissent ou restent trop longtemps fermées)… La liste est sans fin, ou presque."
Rendez-vous au mois de juin à l’ESME-Sudria pour la soutenance !