Un projet qui va laisser des traces...
Parmi les travaux de dernière année du département Signal et Télécommunications, il faut évoquer le projet « Analyse de traces digitales partielles », mené en collaboration avec le prestigieux Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN), basé à Rosny-sous-Bois.
Pierre Conti, élève-ingénieur en cinquième année : "Nous sommes partis d'une demande de l'IRCGN. Ces experts en criminalistique sont mandatés par les magistrats pour expertiser des traces digitales relevées sur des scènes de crime et répondre à la question : cette trace a-t-elle été laissée par le suspect ?

Pour ce faire, l'expert se base sur son expertise et son expérience pour comparer une empreinte et une trace. Or les traces sont souvent partielles (le criminel a effleuré l’objet) et déformées (le criminel a glissé son doigt sur l’objet), ce qui rend la tâche plus complexe. Plus la trace est incomplète, plus il est difficile de pouvoir affirmer avec certitude qu'elle a été déposée par une personne donnée. L’objectif de notre projet est de donner un indice de certitude sur le résultat de la comparaison. »
De minutieuses minuties
Xavier de Montis, élève de cinquième année, précise : « La comparaison s’effectue en comparant des points caractéristiques sur les empreintes. Ces points caractéristiques sont appelés « minuties » et sont le plus souvent des bifurcations des lignes de l’empreinte, ou au contraire des interruptions des lignes de l’empreinte. Avec une douzaine de points identiques entre une trace et une empreinte, un expert peut affirmer que la trace correspond bien au suspect. En effet, même de vrais jumeaux ont des empreintes différentes et la probabilité d’avoir la même empreinte qu’une autre personne est négligeable. »
« Le problème se corse lorsque l’on n’a que quelques minuties sur la trace, ou celles-ci ne sont pas rigoureusement superposables notamment dans le cas d’une trace glissée », ajoute Jérôme Cabot-Savin, élève de cinquième année. « La « quasi-certitude » devient alors une « forte probabilité », que notre rôle va être de quantifier par une mesure que l’on appelle le « taux de vraisemblance ».
Intra et Inter-variabilité
Pour pouvoir ce taux, nous allons devoir quantifier deux paramètres : l’intra-variabilité et l’inter-variabilité, qui quantifient les cas extrêmes, c'est-à-dire, à quel point une trace et une empreinte issues du même doigt peuvent être différentes, et à quel point une trace et une empreinte provenant de deux individus différents peuvent être semblables. »
Au cours de ce projet pluridisciplinaire, les élèves-ingénieurs ont pu mettre à profit leurs connaissances et compétences en imagerie, en mathématiques (géométrie, probabilités) et en informatique. Mais ils sont unanimes : le plus enrichissant, ce sont sans aucun doute les échanges avec les experts de l’IRCGN et l’opportunité qui leur est offerte de travailler sur une problématique concrète.