Quelles sont les différentes formes que pourrait prendre le transport aérien, au-delà de 2050 ? Entre le futur que l'on imagine, dans les laboratoires et les bureaux d'étude notamment, et celui qui se réalise, la différence est parfois significative. La 3e édition de la conférence annuelle de l'IPSA « Aéronautique et développement durable » a présenté les scenarii proposés par
Astrium avec son avion fusée, par
Airbus avec son avion du futur ainsi que par l'avion solaire de
Solar Impulse.
Anticiper pour mieux construire l'avenir
A la suite de la projection de ces films futuristes, un débat animé par le journaliste spécialiste de l'aéronautique Gil Roy, a réuni des experts de
l'Académie de l'Air et de l'Espace, Airbus,
Altran,
EADS,
Onera,
Safran ou encore
Thales . Ces derniers ont tenté d'expliquer comment avionneurs, motoristes et équipementiers préparaient une rupture technologique, en optimisant les produits, en tirant parti de l'innovation et en intégrant les nouvelles contraintes notamment économiques et environnementales.
«
La question du développement durable est transversale, affirme Gil Roy.
Il ne s'agit pas seulement d'imaginer l'avion et même le transport aérien du futur, mais d'imaginer un avion qui sera autre pour répondre aux besoins de demain. Prévoir le futur est un exercice périlleux et hautement incertain, mais un passage obligé pour pouvoir construire l'avenir en réfléchissant et en se fixant des objectifs même utopiques On arrive ainsi à apporter des solutions à des problèmes auxquels on ne pensait pas pouvoir apporter des solutions. »
Deux échéances en vue : 2020 et 2050
«
Nous étions focalisés sur 2020 à cause des objectifs du Conseil pour le recherche aéronautique en Europe (ACARE) lancé en juin 2001. L'horizon 2050 est entré relativement récemment dans la réflexion », explique Pierre Fossier, directeur technique des opérations aériennes de Thales. La nécessité de se projeter aussi loin est en partie liée aux besoins auxquels devra faire face le transport aérien, au milieu de ce siècle. «
La Commission prospective de l'Académie de l'air et de l'espace estime qu'à l'échéance de 2050, la demande mondiale exprimée en passagers kilomètres transportés (PKT) devrait représenter entre 3 et 3,5 fois celle de 2010, avec un doublement du nombre de vols et d'avions commerciaux en service », précise Michel Vedrenne, membre de cette commission. Pour répondre à cette attente, l'industrie aéronautique va devoir relever un double défi énergétique et environnemental. Ce challenge passera par une suite de ruptures technologiques.
Plus de trafic pour moins de consommation
Une entreprise comme Safran a bien compris cette nécessité : « Une rupture, c'est un pari sur l'avenir, affirme Frédéric Daubas, directeur marketing du groupe Safran. Il faut garder le plus longtemps possible, le plus d'options ouvertes ».
Et de préciser : « Il est important pour nous d'avoir une continuité en terme d'expérience du passager, depuis l'arrivée en voiture à l'aéroport en passant par le point de contrôle et le passage de la frontière jusqu'au trajet à l'intérieur de l'avion. Nous cherchons à apporter des solutions pour que cela se déroule à l'avenir de la façon la plus fluide possible. Au niveau de l'avion, Safran travaille sur les moteurs en partenariat avec General Electrics. Nous regardons avec eux quels seront les moteurs du futur en rupture avec les moteurs actuels. On parle vraiment de gains significatifs, avec plus de 15 % de consommation en moins. »
Le passager au cœur de la réflexion
Le point de vue des compagnies aériennes est également de plus en plus recherché, mais « le passager est au cœur du problème. C'est lui qui génère l'activité, fait remarquer Bruno Saint-Jalmes, Head of Creative Design and Concepts chez Airbus. Le développement des biocarburants, le développement des matériaux à l'intérieur de l'avion, dans la cabine - fibres de verre, fibres de carbone. On réfléchit sur des fibres naturelles biodégradables et recyclables à 100 %. » Bruno Saint-Jalmes fait partie de ceux qui travaillent à l'exercice d'anticipation « avion du futur ». Ce projet, présenté par Airbus à l'occasion du salon du Bourget 2011 transporte le passager en pleine science-fiction. « Au-delà de ses parois transparentes, c'est plus la solution imaginée pour embarquer les voyageurs flottant en toute liberté dans la cabine ou l'option de faire voler les appareils en formation à la manière des oiseaux migrateurs qui peuvent surprendre », commente Gil Roy.
Entre imagination, réalisme et innovation
A côté du projet visionnaire d'Airbus, celui d'EADS Astrium et son avion spatial. Pour Christophe Chavagnac, responsable des projets « space planes » chez Astrium, « ce projet permettra de développer le tourisme spatial pouvant être défini comme le marché de l'accès pour tous à l'espace, mais encore d'étendre le marché scientifique ou celui de l'observation de la Terre dans des temps très rapides. »
« Nous avons commencé à travailler avec l'agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) sur la manière de certifier un avion propulsé par un moteur de fusée, confie Christophe Chavagnac. La filiation entre l'avion spatial qui doit entrer en service avant la fin de la décennie et l'avion fusée ZHEST qui ne volera pas avant 2040/2050, nous permet de déblayer l'aspect réglementaire du programme ».
Pour clore la conférence, un film sur le Solar Impulse, le premier avion fonctionnant entièrement à l'énergie solaire, construit à l'initiative des deux aéronautes Bertrand Piccard et André Borschberg. « De toute évidence, le transport aérien du futur se prépare aujourd'hui dans les bureaux d'études et les laboratoires de recherche. Mais aussi, sous l'impulsion de visionnaires tels que Bertrand Piccard et André Borschberg », conclue Gil Roy.
Les conférences « Aéronautique et développement durable » sont des rendez-vous organisés depuis trois ans par l'IPSA. Ils permettent de faire le point sur l'actualité du secteur aéronautique et spatial et de ses enjeux, sous l'angle du développement durable. La première édition portait en 2009 sur l'impact environnemental du transport aérien et
la deuxième édition en 2010 s'intéressait aux conséquences de la crise sur les programmes de recherche et de développement.
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