
Owen LAGADEC (Promo 2002 Bordeaux) aime se lancer des défis. Le dernier en date est la création de la start-up iKlax Media et l'annonce du lancement fin février d'un nouveau format musical numérique. Lors d'une conférence de presse internationale, réunissant les acteurs majeurs du monde de la musique, à Paris Owen présentera le nouveau format musical interactif révolutionnaire - iKlax - qui pourrait être une solution prometteuse à la crise du marché de la musique. Nous publions - en avant-première - une interview avec cet Iségien intrépide.
ISEG Bordeaux : Comment l'idée vous est-elle venue ?
Owen LAGADEC : La volonté de créer un outil d'´écoute interactive de la musique est une réponse à des contraintes techniques et artistiques exprimées par les acteurs du monde musical.
Lorsque qu'un musicien crée et enregistre en studio, il compose d'abord une mélodie dite de tête, identifiant l'originalité d'une œuvre. Il travaille ensuite sur plusieurs arrangements par instrument afin d'enrober sa mélodie dans un ensemble final que l'on identifie comme étant l'œuvre complète. Il compose ainsi, jusqu'`a avoir une ligne de guitare, de basse, de batterie, etc... selon sa volonté.
Pourtant, les formats musicaux actuels obligent les compositeurs à limiter leur arrangement à une seule ligne par instrument. Il n'est ainsi possible de proposer aux auditeurs, qu'une seule version de chaque composition : on se trouve dans l'impossibilité de proposer des variantes sans enregistrer un nouveau fichier.
La créativité et l'inspiration artistique demande une liberté d'expression maximale, il est donc rare qu'une seule version d'une œuvre vienne à l'esprit du créateur. Il existe en conséquence un nombre incalculable de versions des chansons que nous connaissons tous qui ne seront jamais publiées par limite technologique. Les artistes se retrouvent, en plus des contraintes imposées par le producteur, obligés de sélectionner parmi leurs créations, celle qui plaira à la cible commerciale définie. Une réelle frustration s'installe ainsi qu'une perte considérable de créativité et d'œuvres.
Confrontés à ce problème, je ressentais une grande frustration à ne pas pouvoir exposer tous les arrangements qu'inspirait une mélodie. Le besoin d'un système permettant d'enregistrer les fichiers sous un format modulable (sélection des arrangements en temps réel) mais également lisible par un lecteur séparé, disponible et ergonomique se fit sentir.
C'est donc en décortiquant toutes les étapes de la création d'un fichier audio, que fut trouvée la clé de la problématique : le format iKlax permettant la lecture multipiste.
ISEG Bordeaux : Avez-vous signé un partenariat avec des maisons de disques ?
OL. : Je répondrai à cette question lors de notre conférence de presse fin février. Voir son ITW sur youtube.
ISEG Bordeaux : Des artistes se sont-ils engagés dans ce projet ? OL.:
Plusieurs artistes travaillent aujourd'hui sur la version beta des
logiciels pour nous faire un compte rendu sur l'utilisation et
l'ergonomie de notre technologie. Et pour pouvoir écouter ces œuvres et
découvrir qui sont ces artistes qui travaillent avec iKlax, nous allons
lancer un évènement en mars. Mais je ne peux pas vous en dire
d'avantage pour le moment.
ISEG Bordeaux : Protégez-vous vos fichiers avec des DRM (Digital Right Management) ?
OL.:
Non et c'est volontaire. Nous avons conçu un format avec un système de
contraintes, qui permettent à l'artiste de contrôler l'utilisation et
l'écoute de son œuvre suivant sa création.
Les DRM ne suivent pas de
logique artistique (c'est-à-dire de protection du contexte de création
de l'œuvre) mais une logique de fermeture et de contrôle du contexte
d'écoute.
Pour moi, s'il ne faut jamais transiger sur le droit
d'auteur et ses redevances, indispensables pour la profession
artistique, il est par contre fondamental de rappeler que ce qui compte
quand on est artiste, c'est la créativité.
Être artiste, c'est
exprimer ses émotions et sa vision du monde avec un art, pas être
gestionnaire de droits ou de solutions techniques.
ISEG Bordeaux : Quel est le public concerné ?
OL.:
La technologie est avant tout faite pour les artistes et compositeurs.
Ce que nous proposons, c'est d'ouvrir les possibilités créatives à
l'extrême, tout en s'intégrant dans le processus de création
traditionnel.
Grâce à cette ouverture, l'artiste s'adresse aux
auditeurs mélomanes, déjà consommateurs de musique numérique, en tout
cas dans un premier temps.
Il est évident que pouvoir agir sur une œuvre est plutôt fait pour les utilisateurs d'informatique.
Toutefois, nous avons conçu plusieurs options qui permettent à un auditeur moins expert de tirer profit de la technologie.
Par
exemple l'écoute aléatoire : à chaque fois qu'un morceau est remis à
zéro, avec l'option aléatoire activée, un nouveau « mélange » des
arrangements s'opère. Cela signifie que vous pouvez écouter le même
morceau pendant 1 heure sans avoir de sensation de lassitude.
Utile pour les soirées entre amis !
ISEG Bordeaux : Quelle est la valeur ajoutée de votre produit pour un internaute lambda ?
OL.: iKlax, c'est avant tout plus de créativité accessible, donc plus de valeur pour une même œuvre.
L'internaute va pouvoir aller plus loin dans son écoute et devenir actif.
C'est la tendance globale de personnalisation actuelle qui s'applique désormais à la musique.
ISEG
Bordeaux : Le procédé donne-t-il aux internautes la possibilité de
publier les différentes orchestrations ? Ou bien existent-elles déjà en
ligne ?
O.L.: Oui mais dans la limite de l'autorisation de l'auteur, encore une fois.
Nous
avons en effet créé un système de « mémoire » des manipulations que
vous opérez sur un morceau. Vous pouvez ainsi enregistrer un mixage que
vous venez de faire et l'envoyer à un ami qui a acheté le même morceau.
En
revanche, ce mixage est « externe », c'est à dire que vous ne pouvez
pas l'insérer dans le morceau, et donc modifier l'œuvre elle-même.
Pour
prendre un exemple, c'est un peu comme pour la photo : quand vous
photographiez un tableau, vous pouvez ensuite modifier cette photo,
changer les couleurs, l'envoyer à un ami, etc. En revanche, le tableau
lui-même, vous ne le touchez pas.
Ici c'est pareil, vous pouvez
créer une « photo » de votre manière d'écouter la musique, mais vous ne
changez pas la musique elle-même.
ISEG Bordeaux : Y a-t-il un
nombre limité d'orchestrations ? Combien d'orchestrations maximum
est-il possible de créer ? Qui fait les orchestrations, est-ce
l'artiste lui-même ?
OL.: iKlax est le format le plus ouvert
du marché. Donc aucune limite, dans aucun sens. Seule l'imagination du
créateur est mise à l'épreuve.
ISEG Bordeaux : N'allez vous pas rencontrer des problèmes avec les droits d'auteur ?
O.L.:
iKlax n'est pas un système de modification d'un morceau mais un nouveau
support technique. Nous sommes une solution technique au service des
artistes, donc un contenant et n'intervenons pas sur le contenu.
Reprocherait-on à un fabricant de bouteille que le vin qui est contenu
dans celles-ci n'est pas bon ?
ISEG Bordeaux : Les nouvelles versions musicales peuvent-elles être publiées sur d'autres sites ou blogs ?
O.L.
: En effet, le mixage que vous enregistrez pourra être diffusé, sur
notre plate-forme web et sur tous les sites qui le souhaitent.
OL. Quelle est la date de lancement prévue? Comment allez vous communiquer ?
O.L.: iKlax Media a démarré en janvier 2008.
Nous
lancerons la technologie (c'est-à-dire la possiblité de l'utiliser) fin
février et après, les artistes et auditeurs décideront...
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