Edouard DOMERCQ (Promo 2004) : la connaissance des marchés est le meilleur remède contre le stress
2AIseg : Bonjour Edouard, les marchés financiers représentaient-ils pour vous une vocation dès le départ ? Edouard Domercq : Bonjour Béatrice, je ne pense pas que faire du trading était une vocation; même si depuis bien longtemps les marchés me fascinaient. J'en ai souvent parlé autour de moi, sans grandes illusions, mais avec pas mal d'espérance et de détermination. Cette passion a dû commencer quand à la fin de chaque journal télévisé ou encore à la radio on entendait le célèbre Jean-Pierre Gaillard. Je suppose que sur les quelques millions de personnes qui finissaient le journal TV avec lui, peu d'entre eux comprenaient ce qu'il souhaitait nous communiquer : je crois que c'est une des choses qui me plaisait. Enfin le fait de voir tous ces chiffres, tableaux, courbes en constante évolution ça me paraissait à la fois incompréhensible mais tellement vivant. J'imaginais que chaque journée devait être très excitante et propice à la prise d'initiative.
2AIseg : Pourriez-vous nous présenter un peu plus votre métier et nous décrire une journée "type" ?
E.D.: Je fais partie de l'équipe d'Equity Finance de BNP Arbitrage (une des cellules de trading de produits dérives actions de BNP PARIBAS SA). Je travaille plus particulièrement sur le desk dit de "Prêt-emprunt". Nous avons pour première mission la couverture de l'ensemble des positions "short" de la salle (le principe de base d'une "position short" est de vendre un produit financier ou une monnaie pour spéculer à la baisse). Lorsque vous vendez un des ces produits vous avez l'obligation de le livrer, mais, comme au moment où vous le vendez, il peut arriver que vous ne le deteniez pas, alors il vous suffit de l'emprunter afin d'honorer votre livraison.
Ma deuxième mission est la gestion de deux books de trading dit de "dividende arbitrage" (sur l'Italie et les Etats-Unis). En gros je passe ma vie a me retrouver long ( acheteur ) ou short ( vendeur ) de dividendes sur ces deux marchés.
Pour ce qui est d'une journée type, ,j'aimerai vous dire qu'il n'y en a pas mais ça ne serait pas tout à fait vrai. On dira que je commence par couvrir les "shorts" de la salle tôt le matin, en même temps je réponds aux demandes du marché interbancaire. La deuxième moitié de mon temps je le passe à communiquer avec mes vendeurs (ce "mes" n'a rien de "mégalo", c'est plutôt affectif) et avec d'autres traders pour imaginer, créer ou développer des structures existantes ou nouvelles de nos clients.
2AIseg : Comment gérez vous le stress en ce moment : on imagine votre métier particulièrement stressant ?
E.D.: Il me semble que l'on travaille la plupart de notre temps dans un environnement stressant. Je dirai qu'avec le temps on apprend à le gérer et pour nombre d'entre nous le stress et la pression sont surement des paramètres que l'on aime maîtriser. La maîtrise de ses produits et la connaissance de son marché sont l'un des meilleurs remèdes contre le stress à mon avis. Je crois que pour ma part je trouve mon équilibre grâce à mes amis et à ma famille qui me permettent de sortir la tête de mes books une fois la journee terminée.
2AIseg : Comment vous êtes-vous adapté à la vie londonienne ?
E.D.: Très facilement. Londres est la 6ème plus grande ville de France ;-) Le fait que nous soyons tous des étrangers dans cette ville rend les gens très accessibles et accueillants.
En l'espace de quelques semaines vous rencontrez des dizaines et des dizaines de personnes. Londres est déjà ou est en train de devenir la plus grande place financière du monde. Cela vous permet de rencontrer des gens d'horizons très divers. Contrairement au mythe que Londres est une ville très stressante, elle me parait bien moins stressante que Paris. Les gens ne sont pas agressifs, ils ne vous bousculent pas dans le métro ou dans les bus. Enfin nous vivons tous autour ou à proximité de « square », « garden », les anglais ont vraiment la main verte !
2AIseg : Vos coups de cœur dans ce métier ?
E.D.: Mes coups de coeur, sont nombreux. Je me souviens de mon premier book (le Canada) qui m'a permis de faire mes preuves durant mon premier CDD, suite à quoi j'ai signé mon CDI. Le dernier en date reste l'annonce de mon expatriation pour participer au développement d'un nouveau desk à Londres. J'adore ce métier, mon book de trading a la flexibilité d'une petite PME qui a la chance d'avoir accès à n'importe quel service. Tout n'est quand même pas toujours rose dans ce job, lorsque l'on regarde les perspectives actuelles de marché, l'avenir nous parait plutôt difficile. Mais il ne tient qu'à nous de trouver et de créer de nouveaux arbitrages.
2AIseg : L'une de vos passions pendant vos études était le graffiti,
je me souviens même d'une participation à la Victoire en Peinture
(manifestation "ancêtre" de "la Victoire à table" ndlr) ... qu'en
est-il... et là c'est vous ;-) ??E.D.: Malheureusement non ce n'est pas moi :), il me semble qu'il s'agit de Banksy, fameux graffeur londonien... adoré de tous ici ! La peinture dans son ensemble est une passion et aussi quelque part une histoire de famille. En effet le graffiti reste une des techniques que j'admire le plus. La plupart des gens ont l'impression que cet art n'a pour seul objectif de choquer, agresser ou abîmer (j'exclurai les pratiques vandales qui me paraissent bien plus politiques et mériteraient un plus long débat) . Alors qu'en fait il s'agit juste d'artistes de tous âges qui ont trouvé un moyen d'expression colore pour representer un monde dans lequel ils vivent ou encore celui qu'ils imaginent.
Cet art est pour moi incroyable, car on le trouve dans les rues du monde entier et il traduit à mon sens un grand besoin d'expression d'artistes qui souhaitent exister et ne pas rester dans l'ombre. Il me semble qu'il s'agit quand même d'un sentiment très positif. On remarque que depuis quelques années les grand noms ont fini par sortir dessous les ponts pour entrer dans les galeries les plus prestigieuses telles que l'Hôtel Dassault qui organisait en début d'année une grande vente durant laquelle les prix se sont envolés.
Bien que la peinture reste une passion complètement exempt de tout aspect financier, il me semble quand même que ces types d'œuvres sont définitivement de superbes investissements, mélangeant plaisir et placement. Peut être existe-t-il un futur Picasso dans le lot...?
De mon côté j'ai toujours autant de plaisir à regarder à chaque coin de rue ou le long des « périfs » les fresques des uns et des autres, mais je ne prend quasiment plus le temps de jouer avec mes bombes, mais ça reviendra...
2AIseg : Comment vous projetez-vous dans l'avenir ?
E.D.: La projection n'est pas facile. La vie d'un trader est courte et la reconversion peu évidente. D'un autre côté, il existe des milliers de différents postes au cœur de la banque. Evidemment la volonté de pouvoir un jour créer ou reprendre une équipe me vient à l'esprit, ou pourquoi pas aller jusqu'à la création d'une entité.
2AIseg : Qu'attendez-vous du réseau des anciens Iségiens ?
E.D.: La notion de réseau est très importante dans la vie professionnelle, on y est confronte chaque jour. Pour ma part le réseau des anciens doit être une passerelle entre le monde étudiant et la vie professionnelle. De plus il doit être le moteur de la vie Iségienne post-école.

























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