Le doute alimentaire
Dans notre imaginaire alimentaire actuel il y a, me semble-t-il, quelques idées qu’il serait bon de démythifier. La première est celle qui identifie la notion de naturel à celle du passé.
La nourriture de nos aïeux nous revient comme auréolée de saveur, de parfum et de fraîcheur perdus : d’authenticité en quelque sorte ; une image, un remède émotif et sentimental à une réalité quotidienne que nous sentons souvent hostile et difficile : pesticides, colorants et conservateurs, virus et maladies de toutes sortes.
Tout ceci est profondément erroné. Sans vouloir nier les dangers d’une production alimentaire trop souvent tournée vers le profit plutôt que vers les besoins des consommateurs, nous devons reconnaître que les possibilités de contrôle des aliments, sur leur qualité, sur leur mode de production sont aujourd’hui incomparablement plus grandes qu’elles ne l’étaient dans le passé. Je parle ici de dispositions législatives et de techniques de contrôle qui ne manquent pas si ce n’est la volonté de les mettre en œuvre éventuellement. Je veux parler également de la possibilité de chacun de choisir, même si le marché est saturé d’offres et gavé de flatteries publicitaires. Car en fin de compte c’est bien à nous, individu et consommateur, que revient la décision du choix et de l’achat.
Ce qui manque en réalité, tout au moins parmi une grande partie de la population, c’est une véritable éducation alimentaire. Dans l’ensemble ce qui ressort aujourd’hui c’est une grande méfiance vis à vis de la nourriture, la peur des contaminations, des empoisonnements et de maladies inconnues.
La qualité et le « naturel » des aliments ne sont pas l’apanage du passé mais un enjeu pour le futur.
Michel SOMAVILLA - Intervenant à l'ISEG Bordeaux

