2AI : Bonjour Stanley, vous êtes un diplômé de la Promo 2007, et vous avez créé la société "
Les Bains de Patagonie". Pouvez-vous nous raconter quel a été votre parcours depuis que vous êtes sorti de l'ISEG ? Stanley Kollen : Suite à l'ISEG, j'ai poursuivi une année en faculté pour faire un master de management avec une session universitaire Erasmus en Espagne afin d'être trilingue. J'ai également effectué un stage de fin d'études chez BULL dans la division Finance Corporate.
Suite à cela, j'ai été recruté au sein de DCI, un intégrateur informatique de 130 personnes où j'ai créé une nouvelle division de systèmes informatiques. J'ai recruté et formé ma propre équipe de 4 personnes.
Un an plus tard, ma conjointe a été mutée au Chili alors nous sommes partis là-bas et j'ai trouvé un emploi comme directeur commercial d'une agence de coaching de chefs d'entreprises pour ActionCoach qui est la marque N°1 dans le monde en matière de Business coaching.
Puis durant un trek en Patagonie, je suis tombé sur un "Bain de Patagonie" par hasard après une journée de huit heures de marche. Nous avons tous trouvé le produit extraordinaire et salvateur. On se demandait pourquoi il n'y en avait pas encore en France. Après quelques mois de réflexion, j'ai rencontré le fabriquant en lui proposant de lui ouvrir le marché Européen. Il a été enchanté car sa petite entreprise n'avait jamais exporté. Voilà où nous en sommes.
2AI : Vous avez ainsi lancé une entreprise qui propose des "spa" très particuliers, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
S.K.: Ce sont des SPA en bois de cyprès conçus comme des tonneaux de vin dans lesquels on plonge une cheminée à bois sous-marine qui chauffe votre eau à 40°C, le tout fabriqué au fin fond de la Patagonie. La durée de vie du bois peut aller de 15 à 50 ans s'il est bien vernis.
Une fois dedans, vous retrouvez le contact avec la nature et ce quelque soit le temps qu'il fait dehors. Détente, bien-être et relaxation sont garantis.
Par ailleurs, la cheminée possède une vitre sous-marine qui permet de voir le feu à travers l'eau et cela est simplement extraordinaire. Aujourd'hui, nous importons seulement des petites quantités car notre producteur conçoit ses produits de manière artisanale. De ce fait, notre produit est assez exclusif.
2AI : Le concept de l'entreprise vous oblige de travailler en direct avec la Patagonie, comment cela se passe-t-il au quotidien ?
S.K.: Au départ, lorsque j'étais au Chili, pour donner vie à cette idée, il a fallu faire de nombreux allers-retours entre Santiago - Patagonie. Il y a une quinzaine d'heures de pistes à parcourir. Parfois je devais reporter ma visite à cause des chutes de neige (allant jusqu'à 1 mètre) ou des retombées de cendres des volcans trop importantes (50 cm parfois tous les matins au sol) car il y a plusieurs volcans en éruption dans la région.
Maintenant que le concept est opérationnel, les communications passent essentiellement par Internet entre le Chili et la France, mais mes fournisseurs sont peu joignables car dès qu'ils sortent de la ville, ils ne captent plus. A cela on ajoute six heures de décalage horaire entre les deux pays. Toutefois, je prévois d'aller en Patagonie environ une fois par an.
2AI : Vos coups de cœur dans cette région ?
S.K.: La Patagonie est une terre encore très préservée où la nature a le contrôle. Les conditions y sont hostiles. Il peut y avoir 4 saisons en une journée.
Les paysages sont simplement spectaculaires, les animaux sont partout (pingouins, manchots empereur, baleines, dauphins austral, marsouins, renards, condors, guanacos, pumas, mygales, lions de mers...) et il est possible de les approcher de très près.
Il y a des montagnes de 6000 mètres avec des glaciers éternels qui côtoient des fjords avec des bateaux échoués et des forêts natives entre les deux.
Les accès sont parfois très complexes à tel point que là-bas il faut parfois livrer les Bains de Patagonie par hélicoptère, directement par l'eau, où tirés par des buffles. Il est impensable de ne pas avoir de gros camions 4x4 pour les livrer car une route sur deux est une piste et il y a souvent des cours d'eau à traverser car il n'y a pas de ponts.
2AI : Quelles ont été vos principales joies et difficultés lors de cette création d'entreprise ?
S.K.: Joies : Pour moi, vendre un produit dont je suis convaincu est ma plus grande joie et je suis conscient que c'est un grande chance à l'heure où de nombreuses personnes doivent vendre des produits ennuyeux en étant enfermés dans des bureaux. Concrétiser mes idées et mes envies est aussi un moment de plaisir car on récolte le fruit de ses rêves.
Et puis cette première importation me permet de revenir en Amérique du Sud pour voyager et prendre le temps de trouver d'autres produits d'Amérique du Sud à importer.
Enfin, être son propre patron, est la meilleure manière de se protéger à l'heure des licenciements, crises, faillites, fusions-acquisitions....
Difficultés : Nous avons eu des difficultés avec le ministère de l'agriculture chilien qui devait nous fournir un papier nécessaire à l'export. Ils nous ont fait tourner en rond pendant près d'un mois car ils ne connaissaient pas leur sujet et n'avaient aucune coordination entre eux. Si nous n'avions pas trouvé la démarche par nous-mêmes, nous serions encore bloqués à les attendre.
Il a fallu aussi concevoir le produit de manière différente pour simplifier son montage en Europe. Il a fallu créer des caisses spéciales pour l'export et mettre en concurrence une quinzaine de transporteurs internationaux (et là j'ai repensé à mon cours sur les incoterms de l'ISEG)... Tout cela a été long et complexe, mais passionnant.
Par ailleurs, le fait même de créer une entreprise est par définition compliqué; cela est censé avoir été simplifié mais je trouve cela très complexe. Il n'y a aucun lien entre les services administratifs. Entre Ursaff, impôts, RSI, INSEE, retraite, TVA, douanes; cela représente vite un labyrinthe et c'est assez long d'en trouver la sortie. Les chambres de commerce heureusement apportent une aide précieuse dans tout ce processus administratif .
2AI : Quelle est votre "actualité" du moment ?
S.K.: Notre livraison a pris un peu de retard à cause du ministère de l'agriculture chilien doublée de grèves Nationales au Chili.
Nous attendons notre livraison pour aller les installer chez tous nos clients et distributeurs en France et en Belgique.
Nous travaillons sur l'identité graphique de notre site web ainsi que sur notre logo. En effet, nous l'avions mis en ligne en urgence car nous avions déjà des demandes avant même d'avoir un site. Du coup, il a même fallu créer en urgence une entreprise en France depuis la Patagonie.
L'heure est aussi à l'optimisation des processus administratifs, financiers, juridiques....
Je dois aussi passer un permis camion pour effectuer les livraisons et faire baisser les coûts.
Enfin nous allons travailler à avoir quelques showrooms de qualité à divers endroits aux quatre coins de la France.

2AI : Comment vous projetez-vous dans l'avenir ?
S.K.: Nous sommes en train de développer la gamme des options liées au Bain de Patagonie
Nous projetons aussi d'importer la gamme de saunas de Patagonie d'ici à 6 mois.
D'ici peu nous allons développer une gamme d'accessoires pour nos bains ainsi qu'un service de location pour les mariages et autres événements.
Une fois que "Bain de Patagonie" sera bien developpé, je pense me diversifier dans l'import d'autres produits de niches et/ou d'Amérique Latine.
2AI : Cela fait 4 ans que vous êtes sortis de l'ISEG, gardez vous un souvenir marquant/insolite de vos années ISEG ?
S.K.: Je garde un souvenir marquant de mon Bachelor en Irlande car je devais aussi gérer ma participation au 4L Trophy en même temps.
Entre le travail énorme à fournir pour la Dublin Business School et les aller-retour en France pour préparer ce raid puis le rally lui-même, j'avais vécu une période intense et riche en émotions.
2AI : Qu'attendez-vous de l'association des Anciens ?
S.K.: Premièrement, et cela me semble normal, je proposerai un tarif préférentiel pour un client venant de l'ISEG.
Par ailleurs, je serais heureux que ceux qui trouvent ce concept intéressant s'inscrivent comme Fan de notre
page facebook et en parlent à leur entourage car ce concept est inconnu du grand public et des professionnels (gîtes, hôtels etc) .