L’image du corps est celle que nous nous formons dans notre esprit. Cette image est inséparable de nous-même et de tout ce qui nous entoure. Ainsi, l’Homme cherche à atteindre un idéal corporel selon les normes esthétiques propres à sa culture. Les canons de beauté oscillent entre rondeur et minceur.
L’obésité, mot réputé malsonnant, est une nouvelle et terrible maladie qu’aucun pays ne sait encore guérir et qui est déjà considérée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme « la prochaine grande pandémie du XXIème siècle ». En effet, il y a aujourd’hui 300 millions d’obèses dans le monde et ce chiffre ne cesse de progresser.
Quelles sont les différentes perceptions du corps obèse ?
Deux perceptions opposées du corps gros
Les Etats-Unis et l’empire des Fast-foods
Le problème de l’obésité touche aujourd’hui tous les pays occidentaux. Toutefois, les Etats-Unis ont une grande longueur d’avance en la matière. Les Fast-foods sont considérés responsables mais sont-ils réellement coupables ?
Cette maladie est devenue la seconde cause de mortalité, juste derrière le tabac, entraînant plus de 400000 morts par an aux Etats-Unis. Les Fast-foods sont directement mis en cause dans l’épidémie de surpoids des Etats-Unis. En effet, chaque jour, un américain sur quatre se rendrait dans un restaurant rapide. De plus, les dépenses réalisées dans ce type d’établissement sont passées de 3 milliards de dollars en 1972 à 110 milliards aujourd’hui.
L’image négative de cette maladie n’empêche pas les médias de séduire la jeune population avec, par exemple, des jouets attrayants dans les menus enfants. Sans un changement rapide des habitudes alimentaires américaines, l’épidémie prendrait de plus en plus d’ampleur et pourrait même devenir la première cause de mortalité aux Etats-Unis.
Malgré l’implication des services de restauration rapide américains, le mode de vie et la sédentarité de la population sont également des facteurs de la progression épidémique de l’obésité. De plus, selon le Docteur Patrick Sérog, l’obésité infantile s’installerait dans les derniers mois de la grossesse et la première année, donc à un âge où on ne peut incriminer ni Mac Donald’s ni le grignotage. Bien que la plupart des américains soient conscients de ce problème de santé publique, peu d’entre eux prennent les choses en main. En effet, ils attendent plutôt une action du gouvernement, notamment à travers des programmes scolaires d'éducation, des facilités d'accès à des activités physiques et une réduction des publicités pour la nourriture malsaine.
Il est évident que les Etats-Unis ont une large influence culturelle au niveau mondial.
Pourtant, les images diffusées médiatiquement de leur société ne reflètent pas la majorité de la population. Les vedettes hollywoodiennes correspondent plutôt aux normes esthétiques actuelles de la minceur.
Aujourd’hui, la présence massive de gros aux Etats-Unis devient une réalité de la vie quotidienne mais ne sera jamais perçue comme un idéal.
La Mauritanie et la tradition du gavage
Le gavage des femmes est un rituel qui remonte à la nuit des temps. En Mauritanie, il faut grossir à tout prix… Depuis toujours, dans ce pays, on force les jeunes filles (dès l’âge de 10 ans) à ingurgiter d’énormes quantités de nourriture. En effet, sous la contrainte, les jeunes filles des villages sont obligées de boire des litres de lait. Cette opération est fermement dirigée par celle que l’on appelle la gaveuse. L’objectif est de grossir le plus possible pour remplir son voile afin de trouver et plaire à l’époux. En Mauritanie, et dans d’autres pays reculés d’Afrique, la rondeur est synonyme de beauté ainsi que le signe extérieur de richesse par excellence. Dès lors, les canons de la beauté s’inversent : mince et bronzée en occident, ronde et blanche en Mauritanie.![]()
Afin d’accélérer leur engraissement, les citadines ont recours à une nouvelle forme de gavage : elles prennent des cachets pour grossir, c’est ce qu’on appelle le gavage chimique. En effet, tous les produits sont bons, même les hormones de croissance pour animaux vendues sur les marchés de la capitale. Bien que plus moderne, ce gavage est beaucoup plus dangereux et peut engendrer de graves répercussions telles l’hypertension artérielle, le diabète ou encore des problèmes cardiaques.
Dans ce même pays, ainsi d’ailleurs qu’en Inde et au Moyen-Orient, les médias mettent en valeur des artistes de variété, des mannequins ou encore des héroïnes de films aux conformations très éloignées des normes de beauté occidentales. Toutefois, la jeune génération s’éloigne peu à peu des canons traditionnels de la beauté. Cependant, il n’est pas facile d’aller contre la coutume mais une poignée de femmes se battent contre le gavage. En Mauritanie, l’obésité ne fait plus l’unanimité.
A travers ces exemples radicalement opposé, l’obésité amène à des visions différentes selon les pays et les cultures. Cependant, quelque soit la vision que l’on en a, l’obésité n’en reste pas moins dangereuse et les risques pour la santé nombreux.
Tout sur l’obésité
L’obésité : une maladie?
Il s’agit d’un excès de masse grasse entraînant des inconvénients pour la santé. Pour la calculer, il existe un indice appelé IMC (Indice de Masse Corporel) qui est le calcul du poids divisé par la taille au carré. L’obésité est déclarée à partir d’un IMC supérieur à 30. L’obésité morbide concerne les personnes ayant un IMC supérieur à 40.
En quoi est - elle une maladie ?
C’est une maladie qui se caractérise par nombres de problèmes physiques comme le diabète, l’hypertension, l’apnée du sommeil. De plus, la personne obèse voit son espérance de vie réduite et devient plus sujet à certains cancers.
Par ailleurs, l’obésité entraîne souvent un repli sur soi, une mauvaise estime de sa personne, voire même des états dépressifs souvent dus aux régimes trop sévères et/ou au regard d’autrui.
Etre obèse : une difficulté de plus dans notre société ?
En effet, l’obésité est souvent accompagnée de difficultés à l’embauche, d’une moindre rémunération, d’un racisme anti-gros : ces phénomènes peuvent être assimilés à une certaine forme de rejet social.
Quelles sont les causes de l’obésité ?
• Une prédisposition génétique, ou un environnement familial.
• Une alimentation beaucoup trop riche, déséquilibrée et déstructurée.
• Une trop grande fréquence des régimes (effet yoyo).
• Une grande sédentarité due à la société moderne et au manque flagrant des activités physiques.
• Une trop grande tendance à compenser un mal-être par la nourriture. Le stress est aussi une cause de surpoids.
Que révèlent les chiffres ?
En 2004, l’obésité touche 300 millions de personnes dans le monde.
Environ 9,5% des français sont considérés comme obèses et 30% des américains le sont franchement.
De plus, l’obésité est de plus en plus préoccupante et en pleine progression avec +16% en France et +70% aux Etats-Unis. L’obésité est alors devenu la première maladie non infectieuse de l’histoire de l’humanité qui entraîne une espérance de vie inférieure de 9 ans en moyenne. Par exemple, en France, l’obésité a causé 178000 décès en 1992, soit plus que les accidents de la route et le SIDA réunis.
L’obèse et sa propre image
Le sujet obèse ressent le poids de son corps de façon plus intense, comme s’il vivait sur une planète à pesanteur accrue. Ainsi, l’image de leur corps s’en trouve déformée, voire tassée. C’est pour cette raison que beaucoup d’entre eux se perçoivent plus petits, plus trapus, plus larges qu’ils ne le sont en réalité. De plus, le corps de l’obèse est un lieu de douleur physique. Ses gestes sont plus difficiles, maladroits voire impossibles à réaliser. Marcher, monter les escaliers et même se vêtir lui demandent des efforts considérables.
D’après Gérard Apfeldorfer, psychothérapeute et spécialiste des troubles du comportement alimentaire, « l’obèse, de plus en plus immobile, finit par se percevoir comme une masse indifférenciée, un bloc inerte » (Je mange, donc je suis Surpoids et troubles du comportement alimentaire Editions Payot et Rivages, page 73).
En plus des difficultés physiques s’ajoutent des troubles psychologiques que l’environnement social accentue. Dès lors, l’image de son corps s’altère et le sujet gros n’établit souvent plus de réelles différenciations entre son dedans et son dehors. En effet, la mauvaise image physique qu’il possède de lui-même entraîne une baisse de l’estime de soi.
Face aux douleurs physiques, le sujet obèse est réellement à l’aise en milieu aquatique. En effet, l’eau fait disparaître ces sensations pénibles puisqu’elle annule le poids du corps. Toutefois, le plaisir se trouve souvent gâché par le rejet social et le regard d’autrui. C’est pour toutes ces raisons que l’obèse ne parvient à se forger une image positive de lui-même en accord avec son corps.
« Quand je reste immobile, je parviens à oublier mon corps, je m’en libère. Je sors de lui et je le considère de l’extérieur. Il est là, comme une masse. Une carcasse, une sorte de machine fatiguée, un gros tank avec un moteur de deux-chevaux. Ce corps n’est pas moi. Moi, je suis léger, impalpable, je vais où je veux, je fais ce que je veux. » (Henri, 34 ans, surpoids de 30%).
« Parfois, le soir, tout mon corps me fait souffrir. Le dos est en compote, les jambes sont lourdes, la peau est hypersensible. Mais d’un autre côté, ça me rassure d’avoir mal. Ca me prouve à moi-même que j’existe. » (Rolanda, 30 ans, 30% de surpoids).
Le corps obèse, les médias et autrui
Alors que les magazines prônent l’amaigrissement comme valeur morale et seule marche à suivre, l’obésité prend des proportions alarmantes. Le standard véhiculé par la mode et les médias ne reflète pas les populations actuelles. En effet, bien que les corps sveltes tiennent le haut de l’affiche, les corps boudinés par des vêtements trop étroits prolifèrent.
Pourtant, consommer surabondamment est l’idéal à peine voilé de notre société de consommation. En général, nous consommons trop : excès alimentaires (trop de graisse, de sucre et d’alcool), excès de « faux » loisirs (trop de télévision, de tabac,…), excès de signes vides (trop d’informations et de publicités). Ainsi, avec leur corps surchargé, les obèses expriment la vérité du comportement de tous en montrant la partie alimentaire de l’excès de consommation.
De nombreux discours de prévention sont massivement repris par les médias : c’est le cas du Programme National Nutrition Santé « Mangez, bougez ». Alors que les images de minceur et de maigreur sont en permanence valorisées, les médias présentent l’obésité de façon strictement négative. En effet, les reportages mettant en scène le corps obèse nous exposent la plupart du temps des individus ayant du mal à s’assumer, à s’intégrer dans une société où les normes esthétiques sont inaltérables (discrimination à l’embauche, regard moqueur d’autrui,…).
W. Cahnman (1968) : « Par stigmatisation, nous signifions le rejet et la disgrâce qui sont associés à ce qui est vu (l’obésité) comme une déformation physique et une aberration comportementale ».
Erving Goffman, sociologue américain, a décrit la stigmatisation comme un processus de discréditation qui touche un individu considéré comme «anormal», « déviant ». Dès lors, le stigmatisé, en l’occurrence l’obèse, se construit en fonction des rejets d’autrui. En développant sa propre dévalorisation, l’individu forge une image négative de lui.
La stigmatisation ne crée probablement pas le surpoids et l’obésité, mais elle l’aggrave et l’entretient, dans un cercle vicieux. De plus, elle accroît l’anxiété du mangeur et par la même exclut les signaux internes de faim et de satiété qui créent un rapport à l’alimentation ambiguë chez le gros. Dès lors, la stigmatisation des obèses aggrave leurs troubles du comportement alimentaire et les conduit à prendre du poids.
Le rejet dont le gros est victime de la part de la société n’a pas toujours existé. Pendant longtemps, la rondeur, signe de notoriété, d’abondance et de fécondité, était plus que bien perçue. Même aujourd’hui, nombreux sont les pays où le surpoids suscite plus d’envie que de répulsion. Contrairement aux idées reçues, l’obésité ne touche pas que les pays riches même si la vision de la maladie reste bien différente selon les cultures. Alarmante et menaçante dans les pays industrialisés, être gros reste un standard esthétique dans la plupart des pays du Sud.
Les sociétés actuelles sont passées d’une alimentation stable, relativement simple et bien codifiée, à un régime d’abondance débridé lié à la consommation de masse et à la mondialisation ; voilà ce qui pourrait expliquer une telle progression de l’obésité. Dès lors, l’obésité, avant d’être une maladie de l’individu, peut être considérée comme une maladie de la société. Pour y faire face, seul un changement rapide de nos habitus empêcherait la maladie de prendre l’ampleur des grandes pandémies de l’histoire de l’humanité telles que la peste, la grippe espagnole ou encore le SIDA.
BIBLIOGRAPHIE
Internet :
http://www.staps.uhp-nancy.fr/bernard/cours/obese.pdf
http://www.insecula.com/salle/MS00057.html
http://www.obesite.com/
http://www.ambafrance-us.org/fr/ambassade/finance/DT041.pdf
http://www.sur-la-toile.com/mod_News_article_2045___.html
Emission :
Envoyé spéciale jeudi 27 septembre : La Mauritanie
Revue :
Nouvel observateur du 8 juillet 2004, numéro 2070
Ouvrage :
Je mange, donc je suis Surpoids et troubles du comportement alimentaire Editions Payot et Rivages 2002
Dossier : «L'Obésité» réalisé en cours de Technique d’expression et de communication et dirigé par Julien Louis, responsable pédagogique EXECUTIVE.
LANGLARD Johanne MATHIS Claire VOLLMER Anne-Laure EXE2


Laisser un commentaire