Sur le terrain, le blog Economie des Sports et des Loisirs de l'ISEG Strasbourg

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Sports à risques

Base Jump.jpgLes sports à risques se sont fortement développés et leur définition a évolué. Dans les années 1970/1980, ils regroupaient uniquement les sports pour lesquels un risque réel d’accident mortel était présent. Ces sports dit « extrêmes » étaient réservés à des professionnels et nécessitaient des heures d’entraînement ainsi que des conditions physiques particulières : l’alpinisme, le parachutisme ou encore la nage en eaux vives. Mais à partir des années 1990, l’usage de cette expression est devenue de plus en plus courante, et cela dans le but de valoriser l’activité. Sont maintenant considérés comme sports à risques tous ceux qui procurent une « sensation forte », une « poussée d’adrénaline » : les sports de glisse, sur la neige (ski de vitesse), sur l’eau (rafting et surf) ou en aérien (l’aviation en général), mais également l’escalade, la moto cross, le BMX,  le combat libre et même le roller ou le skateboard.canyonning.jpg
Ces sports induisent une poursuite de l’effort au delà des limites du pratiquant. L’épuisement physique, voire la faim, le froid, l’incertitude quant à la survie, engendrent paradoxalement une satisfaction individuelle et valorisante, voire procure un intense sentiment d’existence : la prise de risque permet de prendre conscience de ses capacités  face à une issue qui peut comporter des conséquences tragiques. Lorsque le pratiquant est immergé dans son activité et contrôle le risque engendré, il ressent un mélange de peur et d’ivresse. L’un  des  sentiments éprouvés, la « flow expérience », est celui de l’alliance avec le monde, induit par le dépouillement de toutes les choses futiles. Un sentiment d’être, dans l’intensité de ce monde ; une satisfaction intime, au plus profond de l’individu, avec pour fin le plaisir et l’émotion suscités.escalade sur Glace.jpg
Mais qui sont ces pratiquants qui sans cesse mettent leur vie en danger en prenant des risques que beaucoup jugent inutiles ? Ce sont principalement des jeunes, entre 15 et 25 ans. Il s’agit bien évidemment en priorité des garçons, qui souvent ne manquent pas d’imagination pour inventer de nouvelles règles et de nouveaux défis. Ils sont dans une culture du défi, où ils veulent toujours aller plus vite, plus loin, plus haut. Ils ont besoin de s’affirmer vis-à-vis de leurs camarades, et pratiquent ces sports à risques pour acquérir une légitimité. Contrairement aux précurseurs, plus dans une optique de dépassement de soi, les jeunes prennent des risques pour battre leurs camarades et prouver qu’ils sont capables d’affronter le danger. On entre alors plus ou moins dans une société de compétition, dans laquelle la pression méritocratique est dominante. Celui qui prouve et réalise des performances est reconnu et récompensé, et il l’est d’autant plus que la prise de risque est grande.
Mais l’engouement pour les sports à risques dépasse cette seule catégorie sociale et touche aussi des hommes actifs dont les situations familiales, professionnelles et personnelles laissent pourtant présager une vie sans tracas. Nous vivons dans une société où nos actions sont de plus en plus mimétiques et contrôlées : nous empruntons les transports en commun ou notre voiture pour aller travailler cinq jours sur sept, nous avons nos habitudes alimentaires, nos endroits fréquentés... Parfois, ce quotidien est vécu comme imposé et subi, et entraîne l’accumulation de stress, difficilement évacuable. Il trouble l’image et l’estime de soi, réduisant la croyance en ses propres performances. La pratique des sports à risque permet alors de se déconnecter de ce monde machinal, de vivre de nouvelles sensations et de diminuer le stress ambiant. A travers ces activités sportives, le pratiquant observe et apprécie le contrôle qu’il a d’une situation présente. Il n’est plus simple spectateur de l’action, mais l’acteur ski freestyle.jpgprincipal qui produit un succès. Ces sports permettent de se voir au-delà des normes, voir de quoi nous sommes capable. Ils suscitent un sentiment de puissance et de contrôle et valorisent l’individu en contraignant celui qui le pratique à dépasser ses limites, à modifier ses réactions et à réussir progressivement à les contrôler. rugby ok.jpgUne pratique régulière permet même de banaliser la peur, voire de la recoder en sécurité, et de la maîtriser dans la vie quotidienne ou professionnelle.
Cependant, le contrôle dans la pratique sportive à risque est une illusion, car le sportif plongé et dévoué à la réussite de sa cause fait volontairement abstraction du fait qu’un accident peut arriver à tout moment. Le corps est mis à rude épreuve, de façon dramatique dans certains cas, comme dans l’alpinisme où les gelures sont monnaies courantes. Ces activités engendrent la souffrance, même si celle-ci est très vite remplacée par l’ « extase » du succès. Une étude sur le parachutisme est d’ailleurs révélatrice : les personnes pratiquant le parachutisme trouvent l’activité gratifiante car elles recherchent cette boucle récurrente qui fait passer de l’angoisse à un sentiment de bonheur, à chaque saut, et qui pousse à recommencer. Mais cette quête est sans fin : la sensation recherchée doit toujours être plus intense par une prise de risque toujours plus importante. Or, jusqu’où peut-on aller ? Les limites du raisonnable seront-elles un jour dépassées ?

Extrait du dossier « Le développement des sports à risque » réalisé en cours de Technique d’expression et de communication et dirigé par Julien Louis, responsable pédagogique EXECUTIVE.

Alicia MARRO, Laëtitia POLMONARI, Raphaël SCHAEFFER (EXE2)
 

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