Mr Milne, vous venez d’écrire et publier des livres pour aider les étudiants à améliorer leur niveau d’anglais ; pouvez-vous revenir sur cette initiative ?
Je travaille avec mon co-écrivain, Claude Billange à Sciences-Po de Toulouse depuis 1996. C’est d’ailleurs lui qui m’avait embauché. En 2005, il m’a proposé une collaboration sur un livre pour lequel il avait une idée depuis quelques temps. Un livre qui permettrait de fournir aux étudiants les outils nécessaires à la réussite des examens d’anglais à l’oral ; Un livre consacré à des thèmes particuliers, avec bien sûr du vocabulaire, et des questions. J’ai accepté et nous avons relativement vite pu écrire ce premier livre : « Prépa à l’oral d’anglais : Security Issues ».
Nous avons pu rencontrer le Directeur de la maison d’édition à Toulouse, Cépaduès lors d’un forum et il nous a proposé d’éditer le livre. Nous avons opté pour un petit format afin qu’il soit facile à glisser dans une poche, avec la possibilité de télécharger gratuitement les enregistrements sur le site de l’éditeur dans divers accents (anglais américain, britannique, australien, canadien et écossais !), avec un maximum de vocabulaire sur le thème (1 000 mots, 40h de travail), et à petit prix. (site : www.cepadues.com)
L’éditeur nous a par la suite commandé une série de livres sur plusieurs années (15 au total !). Nous en avons déjà fait cinq, notre tout dernier sortira avant la fin de cette année. Les thèmes que nous abordons sont : la sécurité, l’international, l’environnement, la violence et le comportement humain. Le prochain traitera de la mondialisation. L’étudiant est guidé dans la découverte des documents de type article de presse, afin de l’amener à une présentation orale, et en fournissant les idées et suggestions au développement du compte-rendu et de son analyse, et du commentaire dans un deuxième temps.
Entre temps, le même éditeur nous a proposé de travailler sur un livre hors-série consacré à l’apprentissage de l’anglais pour les PNC (Personnel Naviguant Commercial), à bord des avions. La dernière proposition hors série est un livre destiné au BTS et à l’anglais de l’industrie hôtelière et à la restauration. Ça prend énormément de notre temps, mais c’est passionnant…
Quelle est votre position sur l’enseignement de l’anglais en école ? Quelles sont vos méthodes ?
De manière générale, je trouve que l’on n’accorde pas suffisamment d’importance à l’enseignement des langues vivantes en France. Malheureusement, peu de gens sont motivés en lycée par l’enseignement de ces matières. Peut-être s’agit-il d’un manque d’intérêt ? En tous cas, à l’ISEG, il s’avère que la tendance est autre : nos étudiants ont en moyenne plus d’heures de cours en anglais que dans d’autres établissements, où l’on croit que l’anglais s’apprend tout seul parfois !
Je crois que le rôle de l’enseignement justement, est de motiver, inciter à vouloir apprendre. Un jour, j’ai lu qu’un humoriste anglais disait « qu'on devient enseignant lorsqu'on ne sait rien faire d'autre ». Pour ma part, je pense que nul ne peut trouver de plaisir dans un métier qui n'a aucun rapport avec ce qu'il avait rêvé. L’enseignement est un métier, mais c’est aussi bien plus que cela. Enseigner c’est susciter chez l’étudiant le plaisir, le goût et le désir d’apprendre et savoir l’entretenir. Faire ce que l’on a rêvé tout simplement.
Je crois que ce serait mentir de dire que je ne suis pas quelqu’un de très exigeant. Apprendre une langue étrangère est la clé de la réussite pour nos étudiants, et c’est pour cela que c’est très important. Je dois quelque chose à mes étudiants : les faire réussir. Mais pour y arriver, il leur faut travailler sans relâche. Cela signifie des tests de vocabulaire de manière régulière. Du vocabulaire ciblé. Des objectifs établis en début d’année, et une cohérence dans les programmes d’une année sur l’autre. Je crois que si l’on arrive à transmettre une idée de passion de notre métier, alors, on arrive à faire apprendre, à vouloir maîtriser. J’utilise pour cela : des objectifs réalistes, des critères d’évaluation et une variété de méthodes. On peut apprendre en s’amusant et j’adore faire tourner des films, des spots publicitaires, faire créer des sociétés imaginaires, demander aux étudiants d’interviewer des gens à l’extérieur de l’établissement. J’utilise, tous les moyens : discussions, listes de vocabulaire, anales d’examens de la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-britannique, vidéo…
Vous intervenez à l’ISEG Toulouse depuis 8 ans, pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel et vos diplômes ?
J’ai toujours été attiré par les langues étrangères, ce qui me rendait aux yeux des anglais un peu différent, voir bizarre… Nous n’étions que trois dans mon lycée à vouloir les étudier ; de ce fait, j’ai été très privilégié d’être dans des classes à effectif très réduit et avoir des professeurs passionnés par leur matière. Tout naturellement, j’ai poursuivi en études supérieures, et j‘ai d’abord été diplômé en double cursus français et espagnol, littératures et langues, de l’université de Londres, Queen Mary and Westfield College, la faculté de Londres spécialisée dans les langues vivantes. La particularité de ce cursus était de permettre aux étudiants de partir à l’étranger. Je suis allé à Madrid, et j’ai opté pour L’université de La Complutense, où j’ai étudié les littératures d’écrivains d’Amérique Latine, tel que Octavio Paz ou Jorge Luis Borges. J’ai ensuite décidé de partir en France pendant une année académique afin de travailler comme enseignant. Je suis parti de Londres à Provins, en Seine et Marne, où j’ai obtenu un poste de lecteur d’anglais au Lycée Technique. C’était rude ! J’avais des étudiants parfois plus âgés que moi et très peu motivés, mais je pense que c’est grâce à cette période que j’ai réussi à comprendre le métier de professeur.
Quand mes études à Londres furent terminées, j’ai décidé de venir m’installer à Toulouse. Je voulais être professeur d’anglais et donc je suis retourné à la fac pour recommencer mes études, tout en travaillant pour une société privée qui enseignait les langues aux employés d’Airbus Industrie. J’ai obtenu une licence tout d’abord en un an, et j’ai poursuivi avec une Maitrise en anglais (avec une traduction et commentaire linguistique d’un conte d’Angela Carter, un écrivain britannique magico-réel, une féministe passionnante). Mon DEA de l’Université du Mirail était consacré à la notion de palimpseste, un parchemin qui est utilisé puis réutilisé, et sur lequel se lit en filigrane les premiers écrits…en fait j’ai pris des contes d’Angela Carter et j’ai remonté le temps en essayant de trouver les origines de ces textes…car chaque texte est, selon Barthes un texte hybride, composé d’autres textes plus anciens. J’ai entamé même un doctorat sur les intertextes gréco-romains et la mythologie dans la poésie d’Angela Carter à l’Université de Middlesex au Royaume-Uni ; mais la distance, le prix, peut-être aussi les années consacrées à l’écrivain, Angela Carter, m’ennuyaient quelque peu. J’ai fini par publier un petit ouvrage sur mes recherches en 2006, que j’ai traduit en 2007. Mais je ne voulais plus travailler sur cet auteur. Pour moi elle reste une passion.
Pour ce qui est de mon parcours professionnel. En 1996 j’ai eu l’opportunité de rentrer à Sciences-Po de Toulouse comme enseignant d’anglais. Je continue à y enseigner aujourd’hui. Par la suite on m’a recommandé, et j’ai travaillé plusieurs années comme vacataire à L’Ecole Supérieur d’Agriculture de Purpan, à l’ICAM, à L’Ecole de Journalisme et à l’ESC. J’ai même travaillé à l’Ecole de Sages-femmes de Toulouse ! Je suis à l’ISEG depuis 2000.
Lire la suite: (sa thèse, son facebook)
Vous êtes originaire de … pourquoi avoir choisi la France et pourquoi Toulouse, sans indiscrétion…?
Je suis né à Londres. J’ai décidé de venir m’installer en France toute de suite après avoir terminé mes études à l’université de Londres, car j’adorais déjà la France. C’était un grand rêve pour moi.
Et Toulouse ? Bref, je suis venu un jour en vacances ! Je suis tombé amoureux de la ville et c’était ici que je voulais être. Je savais que je voulais partir de Londres et voyager. Je ne savais pas que j’allais rester ici à Toulouse, mais les choses font qu’un jour on se réveille, et c’est 17 ans plus tard…J’en suis ravi encore ; à un tel point que j’ai fait la demande d’acquérir la nationalité française. J’ai maintenant la double nationalité franco-britannique, et ce depuis 2005 !
Enfin, en plus de vos cours et votre statut d’enseignant, vous êtes également doctorant ; sur quoi travaillez vous, quel est le sujet de votre thèse ?
Le sujet de ma thèse est l’intégration des immigrants en France, l’interculturalité. Je soulève la question de la possibilité de garder sa culture d’origine et son patrimoine culturel quand on essaye de se faire intégrer dans la société française. Je traite des notions et des concepts de la complexité des cultures. J’ai pris un énorme risque en changeant de sujet, en laissant tomber Angela Carter, le sujet de ma première thèse, mais il fallait que je trouve un sujet beaucoup plus en rapport avec mon travail actuel. J’enseigne depuis de nombreuses années les notions de l’interculturel en quatrième année, et étant intervenant à l’IEP, me rapprocher de la politique aussi semblait essentiel. Je suis en co-tutelle de thèse avec l’Ecole Doctorale de l’Université d’Angers, et le laboratoire de recherche du l’UCO, le CIRHiLL (Centre Interdisciplinaire de Recherche en Histoire, Langues et Littératures), qui proposent le seul doctorat en France actuellement spécialisé en interculturalité. Cette année, l’ISEG m’a accordé le statut d’enseignant-chercheur, en me permettant de me consacrer un peu plus à ma recherche.
Pour finir et pour en revenir avec l’ISEG, savez-vous que vous avez un groupe sur Facebook ? Les critiques sont excellentes, que pensez-vous de cela ?
Oui, je le sais. En fait un étudiant m’a averti il y six mois environ, en me disant que je devais aller y faire un tour. J’ai été obligé de m’inscrire, et j’ai été très surpris. Je trouve ça amusant, mais ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il y ait des gens inscrits…et des étudiants que j’ai aussi dans un autre établissement ! Bien sûr, c’est drôle, c’est sympathique, c’est flatteur même. A l’origine, c’est un étudiant qui faisait partie d’un groupe que je suivais depuis la première année. Ça faisait 4 ans que nous étions en cours ensemble. Forcément autant d’années créent des liens ; je les ai appréciés énormément, et visiblement c’était réciproque. Maintenant, j’y suis. C’est aussi un bon moyen de garder le contact avec des étudiants, d’avoir des nouvelles des gens avec qui j’ai pu tisser des liens à travers mes cours…je crois que c’est bien ça…et je reçois régulièrement des mails des anciens qui m’informent de leur changement de carrière, des nouvelles embauches, ou juste pour me dire bonjour. Et, bref, tout le monde est sur ‘Facebook’ aujourd’hui, alors, pourquoi pas…

















Je suis ravis d'avoir pu lire cet article, très enrichissant. Je vous ai eu comme professeur à l'Iseg (promo 2005), mais malheureusement j'ai été presqu'obligé de partir, et je le regrette maintenant...
Sachez, que vos cours étaient vraiment d'une qualité difficile à égaler. Merci pour tout ce que j'ai pu apprendre grâce à vous. J'ai d'ailleur l'envie de revenir à l'ISEG uniquement pour suivre vos cours!!!
Merci encore.
Olivier