Vers la fin des néoconservateurs américains ?
Marie-Cécile Naves, professeur de culture générale en Prépa ISG, vient de publier un ouvrage de vulgarisation scientifique sur la généalogie des néoconservateurs américains et leur influence, en particulier auprès de George W. Bush. « On connait leur impact géopolitique, notamment à travers la guerre en Irak, mais on sait moins que leur histoire est bien plus ancienne, explique l’auteure. Elle remonte initialement à une tradition américaine de l'expertise de la fin du 19e siècle, puis aux démocrates anti-staliniens de la guerre froide et à des intellectuels comme Irving Kristol et Daniel Bell. Si le grand public connaît les contours de la politique extérieure agressive des néoconservateurs, il est moins familier avec leur idéologie sur le plan intérieur avec la régulation du Welfare State (Etat Providence) et la critique du multiculturalisme qui s’illustre dans le refus de la discrimination positive, en particulier dans le système scolaire et universitaire. »

C’est un mouvement global qui « influence aussi la pensée politique dans son ensemble avec la mise en place de think tanks, de clubs de réflexion et de revues influents, chargés de propager ces idées dans les sphères politique, médiatique et éditoriale », par exemple via des ouvrages comme Le Choc des civilisations de l’universitaire Samuel Huntington, paru en 1996. La collusion avec le milieu économique est également très forte.
Désormais, les néoconservateurs se retrouvent principalement dans le parti républicain, en plein délitement depuis l’élection d’Obama . Bien qu’ils ne soient plus au pouvoir, leur audience reste importante, aux Etats-Unis comme en Europe, avec des réseaux encore actifs. « Ils préparent aujourd’hui dans l’ombre leur retour aux affaires et sont très attentifs à la politique du nouveau président américain, en particulier au Moyen-Orient. La plupart ne lui sont pas si hostiles qu’on pourrait le penser. Dès novembre 2008, le néoconservateur Francis Fukuyama lui avait même apporté son soutien », explique Marie-Cécile Naves.
La fin des néoconservateurs ? de Marie-Cécile Naves (Editions Ellipses)
