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ISG Planète Ouverte

Dans ce blog, des anciens élèves et des étudiants de l’ISG vous font partager leur expérience aux 4 coins de la Planète.
Ils témoignent de leur vie « ailleurs » et nous ouvrent vers d’autres horizons.
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Moscou : Les boites de nuit géantes des années 90 !

moscou_fun

J'ai écrit dans un récent article que la vie nocturne à Moscou offrait peu de variété début 1992, quand j'arrivais. Cela devait changer rapidement. Dès la fin de l'année des boîtes se sont ouvertes. Les plus célèbres avaient des dimensions gigantesques. Ivan, un de mes amis russes me demande un jour : "tu connais le Red Zone?"

Non je ne connais pas le "Red Zone"…
"je t'emmène vendredi soir, je dirais à ma copine d'amener une copine".

Le vendredi soir il passe me prendre. J'habitais alors un petit deux pièces dans la vieille rue Arbat. Une rue piétonne qui donne sur le boulevard circulaire de Moscou, à hauteur du ministère des affaires étrangères. Donc rendez-vous en face du ministère. Il avait une Jiguli, la voiture la plus répandue en Russie à l'époque.

fiat_124Un modèle fabriqué en Union Soviétique dans une usine vendue par Fiat. Pour ceux qui ont l'âge de s'en souvenir, c'est une copie de la Fiat 124. Une chouette voiture à l'époque, je me souviens de mes vacances, gamin, en Italie. Simplement, en 1992 c'était toujours le même modèle, avec très peu de modifications. Mais enfin, bon, neuve cette voiture coûtait un peu moins de cinq mille dollars.

Ivan, mon copain était au volant. A côté de lui une jolie blonde un peu grande et derrière, "la copine". Brune , sympa et surtout, une énorme qualité, elle parlait anglais ! A l'époque, mon russe se limitait à "bonjour", "au revoir", "merci" et, si j'avais un peu bu, "c'était très bon merci (à la fin du repas)"… La consommation de vodka a toujours eu un effet bénéfique sur ma capacité à m'exprimer en russe. Je crois que le vin aurait eu le même effet, en réalité, mais un bon vin était alors introuvable à Moscou. Donc Tania parlait anglais, et plutôt bien même. Mieux qu'Ivan avec qui je communiquais depuis trois mois dans un curieux mélange de russe de français et d'anglais. J'en étais tout ragaillardi et commençais à la trouver pas mal du tout…

logo_cskaLe Red Zone se trouvait sur Leningradski Prospekt, sur la route de l'aéroport international de Sheremetievo. Nous poursuivîmes donc sur le boulevard circulaire jusqu'à la place Mayakovskaya (du nom du poète Vladimir Mayakovsky) avant de prendre à gauche la rue parallèle à Tverskaya (ceux qui suivent mes récits depuis le début savent ou cela se trouve…). Passage, ensuite devant la gare de Biélorussie et, enfin, Leningradsky prospekt.Au fait, cette avenue s'appelle ainsi parcequ'elle mène à Leningrad, l'ancien nom de Saint Petersbourg. A notre gauche, l'usine de biscuits "Bolshevick" qui n'appartenait pas encore à Danone. Quelque kilomètres plus loin, Ivan se gara sur la droite de l'avenue et nous traversa,es à pied pour entrer dans l'enceinte du CSKA.

Ivan et Tania ne m'avaient rien expliqué, voulant me faire la surprise. Je ne savais pas que le club se trouvait là, mais avec un logo d'un mètre de haut sur la grille, impossible de ne pas comprendre où nous arrivions. J'aimerais insister sur un détail qui a son importance. Le CSKA est le club de sport de l'ex-armée Rouge. Il a des équipes dans un très grand nombre de sports différents. Les plus connues en Europe étant sans doute celles de foot, de basket et de hockey sur glace.

Nous étions des centaines à passer la grille, visiblement dans le même but. On entendait de la musique techno. En entrant, je comprenais de quoi il s'agit. Avec son grand espace entouré de tribunes, c'était la patinoire principale de l'équipe de hockey du CSKA.

patinoire1_150Pas de glace, évidemment. Des lumières laser, une musique qui vous résonnait dans la poitrine et, à droite, quelques tables de jardin aux sièges assortis de plastique blanc. De la fumée également. La fumée des cigarettes et celle envoyée de temps en temps par des appareils posés à même le sol. Au milieu de tout cela, des danseurs. Ils étaient certainement nombreux, mais l'impression du nombre disparaissait devant l'énormité de la piste. Ils dansaient par groupes séparés, répartis sur l'ensemble de la patinoire. Une partie des gradins était occupée par le DJ et son imposant matériel.

boiteDes vieilles femmes se faufilaient doucement entre les danseurs avec leur balais et leur ramasse poussière. Elles ramassaient les mégots les gobelets vides, et les papiers. Elles ressemblaient à celles qui mendiaient quelques roubles aux sorties du métro…

Comme je regardais ainsi autour de moi, Ivan me fit signe en me montrant le plafond du doigt. Le plafond lui-même était, bien entendu, à quinze ou vingt mètres de hauteur. Mais ce qu'il me montrait, ce à quoi je n'avais pas encore prêté attention, c'est une cage accrochée au plafond et qui pendait quelques mètres au dessus de la tête des danseurs. Il y avait, en fait, quatre cages, une à chaque coin de la piste. Et dans chaque cage, une fille entièrement nue qui dansait aussi… Comme je découvrais ce spectacle, Tania, visiblement gênée me pris la main pour m'emmener danser. C'est alors que je prenais vraiment conscience de la situation surréaliste dans laquelle je me trouvais. J'étais sur une patinoire (sans glace il est vrai, et heureusement), dans une enceinte militaire, et pas n'importe quelle enceinte militaire, celle de l'armée Rouge, en train de danser sous quatre cages dans lesquelles se démènaient des filles nues, alors qu'entre les danseurs passaient comme des fantômes, de vieilles femmes qui faisaient le ménage… A quoi pouvaient-elles penser ?

Je ne suis pas retourné au Red Zone parceque l'ambiance y était très froide (sans jeu de mot). Et puis j'avais découvert une autre boîte surréaliste bien mieux (dans le prochain épisode!). Mais on m'a rapporté qu'un général était venu un soir voir ce qui s'y passait et avait exigé des organisateurs que les filles mettent des bikinis. Ce qu'elles ont fait le lendemain… avant d'enlever le haut le surlendemain.


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